Article de presse du 3 juin 2010

Ils tentent d'éviter aux jeunes de basculer.

Fred, au milieu, discute avec des jeunes de la rue des Fougères qu'il connaît bien. S. POUZET / 20 MINUTES

PREVENTION - Dans le quartier Fougères, les éducateurs de rue suivent plusieurs centaines d'habitants...

Ils squattent le porche d'un immeuble de la rue des Fougères (20e) qu'ils ont rebaptisé «la passerelle» ou «le QG». Quand le groupe d'ados ou jeunes majeurs aperçoivent Fred, l'un des éducateurs de rue du quartier, ils sourient, lui serrent la main avec respect.
Frédéric Mignot est le responsable d'une des équipes parisiennes de la fondation Jeunesse Feu Vert, la plus importante association de prévention spécialisée à Paris. Cette forme d'éducation sociale et éducative fait l'objet aujourd'hui et demain de journées nationales en Ile-de-France (lire encadré).

Aller au devant des jeunes

«Le but des éducateurs est d'aller dans la rue au devant des jeunes en danger de marginalisation, d'échec scolaire, d'inadaptation, explique Fred. Qu'il s'agisse de délinquants ou de jeunes en bordure de délinquance, nous avons un travail de passeurs : nous tentons de faire le lien avec les dispositifs de droit commun comme l'ANPE, l'école ou même les institutions judiciaires.».
D'où une position parfois délicate à gérer: «Nous devons dire les choses sans complaisance ni complicité. Mais nous ne devons pas devenir des cons d'adultes comme les autres.» Présent depuis huit ans dans le quartier – «un entre-deux entre Paris et la banlieue» – Fred connaît beaucoup de familles, ce qui lui donne une vrai légitimité. «Moi et les quatre autres éducateurs connaissons environ 400 jeunes, faisons des activités avec environ 200 et en suivons 50 au quotidien.» 
«S'il était venu en disant "je suis le chef", on lui aurait cassé la gueule mais il s'est intégré», fait valoir Abdelkrim, 18 ans. Lui comme ses potes sollicitent les activités sportives que Feu Vert organise à la campagne. Mais pas sans contre-partie. Les stages de ski, de rafting ou encore la participation financière pour décrocher le permis de conduire sont accordés uniquement aux jeunes qui participent à des chantiers éducatifs comme couper du bois, repeindre une pièce ou débroussailler. 
Omar, 16 ans, adore: «On a besoin d'eux pour quitter le quartier. Sans Feu Vert, on péterait un câble. Là, on apprend d'autres choses sur la France, on voit d'autres horizons». Fred, lui, met en garde: «L'opinion publique nous attend sur la prévention de la délinquance. Mais notre boulot, c'est le long terme. Nous ne sommes pas des pompiers sociaux.»

Alexandre Sulzer

Chiffres

Près de 60 salariés de Jeunesse Feu Vert interviennent à Paris auprès des jeunes de 12 à 21 ans dans les 11e, 14e, 19e et 20e arrondissements. Au total, dans la capitale, 300 éducateurs suivent 16 000 jeunes via 16 associations spécialisées.