Départ d'Annie Léculée

APRÈS 40 ANS D’ENGAGEMENT A LA FONDATION, UNE NOUVELLE AVENTURE COMMENCE POUR ANNIE LECULEE

Il y avait beaucoup de monde et d’émotion à « la Maison des métallos », ce lieu hautement symbolique du 11ème arrondissement, à l’occasion du pot de départ d’Annie Léculée organisé par La Fondation et le Comité d’Entreprise du service de prévention spécialisée Paris.

Après 40 années d’engagement professionnel à la Fondation, Annie Léculée a cessé son activité. Directrice du service de prévention spécialisée de Paris depuis 1999, elle a successivement occupé les fonctions d’éducatrice, de chef de service et de directrice -adjointe.

Qui n’a pas croisé un jour Annie Léculée, dans un quartier des 11ème, 14ème, 19ème ou 20ème arrondissements, dans une réunion partenariale, lors d’une formation, d’un colloque ou d’une autre manifestation ?

Reconnue de tous dans le champ de la prévention spécialisée et plus largement de la protection de l’enfance, des politiques de la jeunesse et de la formation, les invités étaient venus en nombre pour partager ce moment de convivialité : administrateurs de la Fondation, salariés du service de prévention et de la Fondation, collègues, nombreux élus, représentants d’associations, magistrats, partenaires et amis. Le Président, Jean-Marc Steindecker, après avoir retracé le parcours d’Annie, l’a remerciée pour la qualité du travail effectué pendant toutes ces années. Pierre Ducroq, se fit l’écho, avec la complicité de Serge Maret et de Nicole Gloaguen des qualités professionnelles  et de la personnalité d’Annie.

Gisèle Stievenard, adjointe au Maire de Paris, chargée de la politique de la ville, représentant Myriam El Khomri et François Dagnaud ,maire du 19ème, témoignèrent de l’expertise et de l’implication d’Annie dans les arrondissements parisiens , rappelant qu’en 2010, Annie avait reçu la médaille de la ville de Paris par Georges Sarre, pour son engagement dans la champ de la prévention. Nawel Oumer, élue du 11ème arrondissement, Mao Péninou élu du 19ème étaient présents ainsi que d’autres représentants du Maire de Paris.

À son tour, dans une allocution émouvante, redonnant du sens à son long parcours professionnel, faisant partager ses convictions sur les questions d’éducation, avec son énergie habituelle, Annie a sans aucun doute  transmis  la valeur du métier d’éducateur aux jeunes professionnels présents.

Bon vent à Annie que nous remercions encore.

Discours de Jean Marc Steindecker

Mesdames, Messieurs, chère Annie,

C’est avec beaucoup de plaisir que nous nous retrouvons, pour témoigner notre reconnaissance à Annie Léculée, directrice du service de prévention spécialisée de Paris depuis avril 1999 et salariée de la Fondation depuis 40 ans ! 40 ans d’engagement dans le champ éducatif et dans la protection de l’enfance à Feu Vert, quelle longue histoire.

Ce soir,  Annie,

- toute la Fondation est présente pour vous remercier de ce que vous nous avez apporté : le conseil d’administration, vos collègues, récents ou plus anciens, jeunes ou plus âgés et tout votre service.

- des élus,  Nawel Oumer élu du 11ème arrondissement, Mao Péninou élu du 19ème arrondissement, Gisèle Stievenard, adjointe au Maire de Paris, chargée de la politique de la ville et de l’engagement solidaire qui représente  Myriam El Khomri, actuellement en congé maternité  témoigneront aussi de votre  forte implication dans les arrondissements de nos interventions.

- de nombreux partenaires, vos amis sont aussi présents,  tous ceux qui ont eu la chance de vous connaître : représentants de nombreuses associations, de la protection de l’enfance, de l’éducation Nationale, de la justice, du secteur social, de l’insertion, qui tiennent à témoigner leur reconnaissance à la professionnelle et à la femme d’action.

- des jeunes,

Annie, vous êtes née à Reims. Après vos études secondaires, vous entrez à l’école d’éducateur de Reims et obtenez votre diplôme d’éducatrice spécialisée en 1970.

Après vos premières expériences, en novembre 1973, vous êtes recrutée à la Fondation par mon père, Robert Steindecker et par Pierre Ducroq, alors directeur du service de prévention Paris qui apportera son témoignage au nom de la Direction de la Fondation.

Je vais rappeler les grandes étapes de votre parcours  exceptionnel de 40 années au service des jeunes et des familles à Feu Vert.

- Annie, vous débutez à la Fondation, en 1973, comme éducatrice spécialisée, dans l’équipe Pyrénées, dans le 20èmearrondissement, c’est dans ce secteur que vous découvrez la prévention spécialisée, le travail de rue et l’importance du travail en équipe.

- en 1984, vous obtenez votre DESS de psychologie.

- en décembre 1989, vous êtes nommée  chef de service de  l'équipe Orillon (dans le 11ème),

- puis, pour répondre aux besoins de formation des jeunes sans qualification suivis par les équipes de prévention spécialisée, la Fondation crée, en 1989, le Safip, dont vous devenez, en 1991, la première chef de service, ce service restera rattaché au service de prévention Paris jusqu’en septembre 2000. Votre intérêt pour  la formation est déjà très affirmé et vous n’aurez de cesse de le concrétiser en direction des jeunes, des salariés de votre service et à un niveau plus large à Unifaf ou vous militerez sur les questions des métiers de notre secteur, notamment celui d’éducateur spécialisé.

Parmi les nombreux  projets de formation  développés en direction des jeunes, je citerai deux exemples :

  • en 1995, la formation préparatoire aux emplois familiaux permettant d’accueillir des femmes et des mères de famille suivies par les équipes de prévention et susceptibles de s’engager sur ce type d’emploi.
  • en 2010, le dispositif dit « lutte contre le trafic » initié par  Marie Pierre Hourcade, juge des enfants qui vise à la mise à l’emploi de jeunes sous-main de justice, action qui sera portée conjointement avec le Safip.

- En octobre 1995, vous  succédez comme Directrice adjointe du service à  votre chère collègue et amie Michèle Le Reste, nommée directrice du service de prévention 93, créé en Seine-Saint-Denis. Nous avons une pensée très émue pour Michèle ce soir.

- Vous êtes adjointe de Serge Maret, puis lorsque Serge est nommé à la Direction Générale de la Fondation  vous devenez naturellement directrice du service, fonction que vous occupez depuis 1999, c'est-à-dire depuis 14 ans.

- Le service s’est développé. En 2008, vous arrivez à convaincre le conseil d’administration de la  Fondation à  accepter de reprendre une équipe supplémentaire, l’équipe Curial de l’association CASA.

- À ce jour, notre service  compte 57 salariés, 10 équipes interviennent dans 4 arrondissements et je peux affirmer que dans tous ces arrondissements, les élus,  les partenaires   connaissent tous Annie Léculée.

Votre avis compte autant pour le  « BPIJ », le bureau prévention animé par Pierre François Salviani, la DASES,  que pour  vos collègues du secteur associatif.

Annie, au sein de votre service, vous avez su mettre en place un climat de confiance et une motivation très forte dans le travail. Vous avez avec conviction et détermination  transmis le sens du métier d’éducateur spécialisé à plusieurs générations d’éducateurs, afin de permettre aux jeunes, de trouver confiance en eux-mêmes.

« Faire avec les jeunes »,  les aider, les protéger, être toujours aux cotés des familles, des habitants des quartiers, Faire éducation », je reprends quelques termes que vous  utilisez lors des conseils d’administration, avec nos équipes et nos partenaires.

Vous nous avez enrichis, votre créativité, votre dynamisme et vos compétences dans le champ  éducatif et de la formation sont reconnus de tous.

Annie, vous avez aimé votre métier au-delà des normes : rigueur, enthousiasme, dévouement total aux causes défendues, acharnement au travail jusqu’à la résolution des problèmes.

Je n’ose compter le nombre de soirées que vous avez passées à débattre, à écouter, à soutenir les jeunes ou vos équipes, à partager les moments de convivialité, de solidarité et comme dans la vie de tout service des moments plus tristes, plus complexes  dans les quartiers et dans l’exercice de votre fonction de directrice.

À la Fondation, vous êtes et resterez considérée comme une femme engagée, autant pour les jeunes que pour les salariés. Vous avez développé des projets forts dans les quartiers, notamment sous formes d'actions sur le terrain, de séjours de vacances, de chantiers dans les maisons de la Fondation, mais aussi des chantiers internationaux, des projets humanitaires, au Maroc, au Sénégal et bien d’autres encore… Vous avez aidé à créer beaucoup d’outils pour que vos équipes puissent soutenir les jeunes et les familles, je pense notamment à votre participation active à la création de la Maison des adolescents Robert Debré et les actions autour de la santé des jeunes.

Comme nous tous à la Fondation, vous défendez la primauté de l’éducation et une philosophie de l’action ou le mineur doit bénéficier de protection et d’éducation.

Vous savez que cette pratique est particulièrement difficile et que le seul ressort de l’action éducative est la confiance, aussi nous devons tous constamment porter un message fort dans le domaine des politiques éducatives.

Nous vous remercions de ce long engagement   dans le champ éducatif avec toujours le souci du respect des jeunes et des familles, ce qui a permis, nous en sommes certains, à de nombreux jeunes de trouver leur place dans la société.

Vous avez marqué d’une empreinte forte votre service, nous souhaitons à Patrick Gosset, qui a pris la direction le 1er septembre, réussite, car reconnaissez le Annie ce n’est pas facile de prendre votre suite.

Nous sommes heureux d’avoir partagé de belles années avec vous... Nous avons aussi partagé des moments douloureux sur le plan personnel et nous aurons tous une pensée pour votre mari François.

Au nom du conseil d’administration, de la Direction générale, de vos collègues directeurs et de l’ensemble de l’équipe je vous remercie. Nous souhaitons que cette nouvelle phase de votre vie soit pleine de projets, de voyages et tout ce que vous pouvez souhaiter. Nous savons que vous serez toujours une femme engagée.

Je vais passer la parole à Pierre Ducroq qui vous connaît depuis 1973 et se fera le « porte-parole »  de Serge Maret et  de Nicole Gloaguen.

Discours Pierre Ducroq

« Ma chère Annie,

Et bien nous  y voilà ! Enfin diront certains mauvais esprits !
Mais tous les autres, les beaux esprits dont moi et Lamartine penseront qu'un seul être vous manque et tout est dépeuplé !

Après l'hommage bien mérité que vient de te rendre Jean-Marc, au nom de la Fondation et dont je partage chaque mot.
Je crois que je vais me permettre quelques impertinences affectueuses ; tu n'en attendais sûrement pas moins de moi :
Ce soir tu as l'honneur de voir réunir autour de toi, 3 de tes anciens directeurs généraux. Tes DG comme on dit dans les institutions sérieuses.

Et je suis sûr que Nicole et Serge partagent avec moi ce que nous ressentons, c'est-à-dire un grand sentiment de gratitude et d'amitié, mais aussi un peu de nostalgie en pensant à tout ce que nous avons vécu ensemble : les bons et les mauvais moments, les projets partagés, les succès obtenus, et puis aussi quelques engueulades au passage.

Parce que je vais révéler ici un scoop à tous ceux qui ne s'en seraient peut-être pas aperçus :

Annie, tu as quand même un fichu caractère et il ne fait pas toujours bon te contredire.

Et en plus, tu n'es pas la seule parmi tous les salariés de la Fondation et notamment parmi les directeurs et directrices à avoir, comme on dit, une forte personnalité … et à le montrer.
Et c'est très bien comme cela, même si ce n'est pas toujours de tout repos. Nicole, Serge et moi en savons quelque chose !
D'ailleurs, j'avais trouvé une formule dans les réunions de directeurs avec Michèle, Françoise Bonin, Danièle et Chantal. Je vous appelais les pétroleuses. Dans mon esprit, ce n'était pas péjoratif, puisque les pétroleuses, pendant la commune, étaient ces femmes qui allumaient des feux dans différents endroits de Paris pour détourner les Versaillais !

Mais j'avoue très humblement avoir parfois détourné l'histoire et, vous concernant, avoir assimilé pétroleuses et emmerdeuses ! J'en suis désolé … mais il y a prescription !

Allez, trêve de plaisanteries, revenons aux choses sérieuses pour lesquelles nous sommes réunis ce soir.

Ma chère Annie, tu peux être très fière :

-   de ta carrière à Feu Vert, de tout ce que tu as impulsé, imaginé, et mis en œuvre dans tous les domaines,

-   de tout ce que tu as apporté à tes collègues, les plus jeunes comme les plus anciens,

-   de ton écoute, de ta disponibilité, de ta gentillesse …

Personnellement, je suis très heureux de t'avoir connue et d'avoir partagé avec toi toutes ces années.
Je suis sûr que Nicole, Mireille et Serge partagent ce sentiment, et contrairement à ce que je viens d'insinuer, nous avons beaucoup apprécié ton caractère entier, exigeant et généreux, et surtout, ta très grande loyauté.

Mais puisque ce soir on en est aux révélations, je dois dire que tu as bien failli ne jamais entrer à Feu Vert. En effet, lors de ton embauche, notre Fondateur, Robert Steindecker, dont tous ceux qui l'ont connu s'en souviennent comme d'un grand féministe, m'avait dit :

"Elle est très bien, cette jeune femme, mais quand même, une fille dans la rue, c'est n'est peut-être pas sa place … cela ne va pas marcher !"

Et sans doute pensait-il "Et en plus elle porte des jupes !"
Maintenant que j'y pense, j'aurais peut-être dû l'écouter, mais je dois dire qu'il a rapidement changé d'avis et qu'il avait pour toi beaucoup d'estime et d'admiration.

Jean-Marc a parlé tout à l'heure de ton engagement syndical. Pour en avoir été témoin, et aussi un peu acteur, je voudrais en dire quelques mots.

Tu es engagée à la CGT depuis ton entrée à Feu Vert, je crois, et peut-être avant, et très rapidement tu t'es intéressée aux questions de la formation professionnelle - passionnée devrais-je dire.
Tu es devenue la spécialiste de ces questions à la Fédération de la Santé et de l'Action Sociale et tu as représenté la CGT dans les organismes de gestion paritaire de la formation continue.

Alternant les responsabilités de Présidente et de secrétaire attribués au collège salarié.
Tu as montré toutes les qualités que nous te connaissons à Feu Vert : rigueur, exigence, sens des responsabilités et du travail concret.

On peut vraiment dire que tu as su tout à la fois t'enrichir du syndicalisme (au sens noble du terme bien sûr) et enrichir le secteur professionnel et donc le syndicalisme de ton expérience, de tes idées et propositions. Tu es devenue une référence dans ce domaine et ta réputation dépasse largement le cadre du syndicalisme. De cela aussi tu peux être fière, et je sais que tu l'es.

Je dois dire également que ton engagement dans son domaine a constitué un apport non négligeable pour la Fondation, et qui va bien au-delà des quelques facilités et aménagements d'horaires dont tu as pu bénéficier !

Ma chère Annie, tu vas nous manquer et ton départ va incontestablement laisser un vide.

Non pas que tu sois irremplaçable, car comme disait le poète, "seuls les cimetières sont peuplés d'êtres irremplaçables." Mais tu as beaucoup marqué la vie de cette Fondation, que tu as accompagnée dans toutes ses évolutions par ton grand professionnalisme et ton travail acharné, ta connaissance du terrain et ton réseau de partenaires.

D'ailleurs, d'autres mauvaises langues … il y en a tellement ! disent que ce n'est pas un carnet d'adresses que tu possèdes, mais un véritable annuaire de la ville de Paris.
Il n'est qu'à regarder dans cette salle pour constater que nombreux sont les représentants de la prévention spécialisée et de l'action spécialisée, des associations, des élus, qui ont tenu à participer à cette soirée et à témoigner de leur sympathie à ton égard.

Mais ce serait faux de dire que tout le monde est désolé de ton départ ! En effet, je crois que le club des Babayaga, des anciennes salariées retraitées de la Fondation, va être ravi de te compter parmi ses membres à part entière, et je pense à tes commères de voyage et de festoyades : Josy, Annette, Christiane, Danielle, Mireille, Dominique.

Je dis commères, non pas au sens de commérages … tout le monde sait qu'elles seraient bien incapables de dire du mal de leurs anciens collègues … mais au sens du féminin de compères, puisque les hommes sont bannis de votre groupe ! Cela en dit long d'ailleurs sur vos activités !
Ton arrivée va donc leur permettre de bénéficier … de tarifs de groupe plus avantageux !

Ma chère Annie, je sais que tu appréhendes un peu ce départ mais tu as bien tort …

Tu imagines les repos que ce doit être de ne plus subir chaque jour les revendications et les récriminations de certains collègues, notamment syndicalistes !
Et puis, quand on a l'expérience et les connaissances qui sont les tiennes, je suis sûr que tu n'auras que l'embarras du choix de tes activités futures et je suis bien sûr qu'elles seront multiples et variées !

Voilà.

Je pourrais encore ajouter bien des choses … mais il faut savoir arrêter les louanges, fussent-elles méritées, car tu pourrais arriver à y prendre goût et tu serais bien capable de nous demander de t'ériger une statue dans le parc de Montaure, qui est devenu un peu ta résidence secondaire !!

Et puis je ne voudrais pas parler trop longtemps car la soirée promet d'être longue et je crois savoir que la dernière intervenante a préparé un petit discours, mais pas plus d'une heure !

Alors du fond du cœur, Annie, nous te souhaitons une bonne retraire, plein de belles et bonnes choses pour cette nouvelle étape de ta vie.

Et surtout ne change rien, on t'aime comme cela. »

 

 

Discours d'Annie Léculée

Bonsoir à tous,

Quelle joie de vous voir ici ce soir…. Ce moment de rencontres et de partage, d’au revoir aussi comprend des aspects un peu formels mais important aussi, ceux des « discours », on retrace une carrière, on fait des compliments, sincères bien sûr, on évoque quelques défauts, c’est important d’en avoir un peu …sinon ce serait bien monotone.

Alors je vais dire quelques mots

Ma première pensée pour ce moment émouvant va à François qui a partagé ma vie pendant 33 ans, qui nous a quittés il y a eu trois ans le 26 août et dont ce serait l’anniversaire demain. J’aurais aimé qu’il soit là, car un parcours professionnel dont 40 ans à FEU VERT et ce n’est pas rien, ne peut que s’ancrer, s’étayer sur une vie personnelle, affective, familiale et que ce contexte de vie est un facteur essentiel. François a été un compagnon soutenant et attentif, parfois caustique ou agacé de ce qu’il ne percevait pas comme évident de ce travail éducatif puis de direction. Le manque reste vivace en moi, avec une forme de solitude singulière qui vous habite mais qui aussi vous fait avancer. Où que tu sois, François, je sais que tu es à mes côtés …

Je suis plutôt réservée sur ces aspects de ma vie personnelle mais ce soir je veux associer au moins par la pensée ma famille, mes deux sœurs, mon frère, leurs enfants et petits-enfants : Ulysse et Arturo, Aglaé et Léonie ; Louis et Gaspard, Manon et Louise et Tom qui réjouissent ma vie de grande tante. Ils sont présents et ont contribué à cette sérénité, nécessaire pour assumer une vie professionnelle, un travail complexe, difficile qui met souvent à l’épreuve nos émotions, notre indignation et notre impuissance parfois devant des situations inextricables. Ils ont été là dans les moments de bonheur et de peine …mais l’éloignement car nous sommes tous dispersés entre la Champagne où je suis née et l’ouest, la Vendée où la plupart vivent, n’a pas permis qu’ils soient là.

Et puis j’ai aussi une pensée très forte pour Michèle Le Reste qui n’a pas pu gagner son combat contre la maladie et qui nous a quittés, il y aura trois ans en janvier. J’ai succédé à Michèle à Paris le 1er octobre 1995 pour prendre la direction adjointe du service. Nous étions amies depuis longtemps mais ces fonctions nous ont beaucoup rapprochées, nous avons cheminé et partagé ensemble nos préoccupations, nos enthousiasmes, nos doutes et nos convictions, Michèle dans la construction du service en Seine Saint Denis et moi dans la découverte progressive de cette fonction de direction …C’est une amie très chère, il y en a beaucoup d’autres ici ce soir, les amies d’adolescence, de la FAC et d’ailleurs  mais Michèle  a une place particulière dans mon cœur. Merci Valérie d’être là avec Alain, ta mère était une belle personne.

J’ai une pensée particulière pour les collègues de la Seine Saint Denis, Yann le directeur du service de prévention qui vivent des moments douloureux suite à la mort tragique de Mamadou, éducateur à la Courneuve. Il ne m’était pas possible en cette soirée conviviale de passer sous silence cette épreuve que la Fondation traverse sans exprimer notre solidarité, notre sollicitude à tous nos collègues, aux jeunes aussi qui sont touchés et ressentent sans doute de l’incompréhension. Les médias ont relaté cette tragédie qui doit nous interpeller car il ne s’agit pas de la classer comme trop souvent, dans les faits divers qui se succèdent et alimentent tous les discours simplistes sur les violences, qui favorisent la montée du sentiment d’insécurité et entretiennent parfois la peur et le rejet, même si on peut penser que la violence dans toutes ses formes est une démission de l'intelligence et signe une perte de confiance dans la valeur de la mise en mots.

Vous avez eu et ce doit être les usages quand on cesse son activité un petit historique de mon parcours …

Lorsque j’ai rencontré Robert Steindecker en 1972, il recevait les candidats au Chiquito, un café de la rue Olivier Métra, car je devais être recrutée dans le service cette année là mais il n’y a pas eu de financement et c’est le 1er novembre 1973 que j’ai rejoint l’équipe de rue … jamais je n’aurais pensé que je ferais toute ma vie professionnelle à Feu Vert….

C’est toujours resté important pour moi d’avoir été reçue par Robert Steindecker pour cet entretien de recrutement sur la proposition de Pierre Ducroq, directeur du service à cette époque, mais c’est un autre temps. Je garde un souvenir très précis de ces années, des rencontres régulières du samedi quand il venait au Chiquito puis rue Riblette échanger avec les éducateurs. Un grand monsieur, Robert Steindecker, et les hommages qui lui ont été rendus, notamment pour célébrer les 100 ans de sa naissance ont bien mis en lumière son engagement pour les jeunes, les personnes en difficultés, ses qualités prospectives, son indépendance de pensée et d’esprit  mais surtout sa capacité à prendre des risques pas seulement financiers, pour développer les établissements et services et être créatif pour mieux répondre aux besoins grandissants des jeunes, il avait une lucidité sur les enjeux politiques de nos missions. Il savait ce qu’il voulait et savait nous le dire lors de nos rencontres.

J’ai connu trois présidences, après Robert Steindecker, Jean Marc qui a pris la suite de cette fonction au décès de son père puis Claudine Guthmann et de nouveau Jean Marc aujourd’hui. Merci à chacun de m’avoir fait confiance comme éducatrice, mon premier métier puis comme chef de service, responsable du Safip, comme directrice.

J’ai apprécié les contacts avec les membres du Conseil d’administration lors des réunions où nous avons cette possibilité de restituer la vie et le fonctionnement du service, leur faire part de la façon dont nous portons les missions, nos préoccupations, les entendre aussi. Un conseil d’administration, au-delà d’être la personne morale de la Fondation, c’est une instance essentielle qui porte le projet associatif, qui nous garantit les conditions d’exercice de notre métier, qui soutient et développe nos activités, qui prend position vis-à-vis des politiques publiques. Vous avez toujours été au rendez – vous des attentes des professionnels dans des moments où il fallait réaffirmer la primauté de l’éducatif et je sais combien cela a été important pour tous, je vous en remercie.

Ceux qui disent que le rapport à l’entreprise est aujourd’hui moins emprunt d’affects ou de fidélité, qu’une carrière linéaire et dans la même institution n’existera plus, se trompent peut-être ou alors la Fondation sait encore un peu susciter de l’adhésion, au-delà de nos contrats de travail très conventionnellement encadrés et générer un sentiment d’appartenance, un réel engagement. C’est peut-être comme une  « autre famille », parsemée de souvenirs, d’anecdotes qu’on se raconte depuis des années, de séjours dans les « maisons de campagne », les centres de vacances, avec la fidélité de ceux qui ont fait de plus courts passages, et surtout celle des « anciens ». Merci d’être là Annette, Josy, Mireille, Christiane, Dan, notre groupe sénior des Babayagas et puis Yves, Michèle, Alain, Max et les autres un peu comme dans un film de Sautet et puis les anciens directeurs Patrick, Françoise, Bruno qui ont ouvert, construit et fait fonctionner les services de la Fondation. Serge, c’est trop tôt pour toi !!! Cette liste à la Prévert est bien périlleuse car je ne pourrais vous citer tous mais vous êtes dans mes pensées chaleureuses.

J’ai connu trois directeurs généraux, Pierre Ducroq, Serge Maret et Nicole Gloaguen avec lesquels j’ai eu un grand plaisir à travailler.

J’aurais un merci particulier à adresser à Pierre Ducroq, qui est en fait responsable de mon arrivée à FEU VERT. Rencontré en 1967 alors que j’étais à l’école d’éducatrices de Nancy, la mixité n’était pas de mise en ces temps qui doivent paraitre bien lointain pour ceux qui n’étaient pas nés… c’est cette richesse intergénérationnelle qu’il faut préserver. Nous étions au lendemain de la signature de la convention collective de mars 1966, que tu as, pour la fédération syndicale CGT, contribuer à structurer afin d’améliorer les conditions et cadres d’exercice des professionnels. Tu m’as ouvert un chemin que je n’ai jamais perdu et en quelque sorte la voie pour mener de front ma vie professionnelle et mes engagements syndicaux… concrétisant ainsi sans doute un idéal de justice et de recherche d’épanouissement pour chaque personne. Il faut surement dépasser tes airs bougons, ton ironie pour apprécier tes qualités humaines, ton sens de la négociation, tes compétences gestionnaires et ta vision prospective. Tu savais te moquer et manier la dérision mais nous n’étions pas en reste dans le collectif de direction pour réagir. J’ai fait partie d’un groupe de « pétroleuses » c’est ainsi que tu l’avais nommé avec Michèle, Françoise, Danièle lorsque nous tentions de faire valoir les spécificités de notre fonction, comme femme, cadre … alors nous avons parodié l’affiche du film même si nous n’étions sans doute pas aussi sexy que des actrices de cinéma, mais nous avions du répondant, de l’humour et parfois c’est bien utile !!

Serge, tu m’as accueilli et accompagné dans ma prise de fonction, j’ai beaucoup appris à tes côtés, tu m’as fait confiance et j’ai pu mettre en place des journées d’études avec les chefs de service et cette démarche en a initiée beaucoup d’autres et puis tu m’as « lâchée » pour le siège, un peu vite à mon goût, mais je savais que tu étais là chaque fois que c’était nécessaire...

Et puis est arrivée Nicole…, nous l’attendions, une femme à un poste de DG, encore rare dans notre secteur à 75% féminin. Tes compétences, ta connaissance de la protection de l’enfance, ton écoute, la justesse de tes interventions, ta visée prospective du secteur ont été pour moi un apport important ces dernières années et c’était un bonheur de travailler ensemble. Nos échanges, nos projets, nos polémiques constructives, nos déplacements dans les maisons de la Fondation vont me manquer, tu le sais.

Tout au long de ces années, j’ai eu deux activités, mais je n’ai pas eu deux employeurs, celle  liée à mon engagement professionnel et l’autre liée à mon engagement syndical et aux responsabilités que ma fédération m’a confiées sur les questions de la formation professionnelle et l’emploi dans la Branche professionnelle associative, administrateur national à UNIFAF, membre de la Commission Paritaire Nationale de l’Emploi. Alors bien sûr cela a nécessité beaucoup de travail car la gestion du service a toujours été ma priorité, j’ai souvent tordu le cou au code du travail sur les amplitudes horaires… Mais ce double engagement a tellement enrichi mon parcours et interagi avec l’ensemble de mes responsabilités. J’espère aussi avoir apporté au service et à la Fondation les connaissances acquises et surtout cette conviction que l’accès à la qualification, au diplôme professionnel, à tous les apports des disciplines des sciences humaines sont indispensables, une source de développement personnel, un garde-fou contre la perte de sens, l’usure, le découragement, une garantie de professionnalisation…..

Mais ces deux engagements ont aussi été source de paradoxe, de confrontations entre participer de la dirigeance et être syndicaliste. Comment rendre compatible ma fonction de direction et mes convictions syndicales ?

La qualité de l’accompagnement, les réponses aux besoins des usagers sont – elles compatibles avec les cadres budgétaires qui se restreignent ? Les attentes légitimes des autorités de tarification, les évolutions législatives à mettre en place, la prégnance de la gestion,   l’exigence de l’évaluation, la gestion au quotidien des équipes, le souci de la qualité de vie au travail ont toujours été source de préoccupations et j’ai bien compris qu’il n’y avait pas de prêt à penser, de modèles et qu’il fallait faire du sur-mesure. Cela n’a pas toujours été évident et cette préoccupation d’assumer parfois des contradictions ne peut trouver sa réponse que si on peut la mettre au travail au quotidien, s’arcboutant sur des positions éthiques et déontologiques qui se déprennent de la langue de bois, du mensonge, de la facilité...

FAIRE CE QUE L’ON DIT ET DIRE CE QUE L’ON FAIT sans travestir, sans embellir, avec sincérité et loyauté que ce soit vis-à-vis des jeunes, du public mais aussi de ceux qui nous financent, des élus, des partenaires. C’est gérer en permanence cette mise en tension de la commande publique et la nécessaire réponse aux besoins des jeunes et de leurs familles.

Avoir l’ambition d’être « le meilleur », avoir la posture la plus juste, la bonne distance, s’attacher à faire « du bel ouvrage » mais pas pour soi-même, pas pour combler des besoins de reconnaissance, mais parce ce qu’on le doit aux jeunes, aux missions de protection de l’enfance qui nous sont confiées….

Durant ces années de travail, j’ai construit d’abord ma boite à outils d’éducatrice, afin de comprendre les contextes de notre intervention, les spécificités des besoins des jeunes et j’ai intégré, puisque j’avais choisi la prévention spécialisée, ses fondamentaux comme nous le disons entre nous, ses modalités de travail qui sont restées les mêmes depuis les années 1972. Je suis toujours restée prudente vis-à-vis de l’entre soi, des dogmes et de trop de certitudes.

Par contre, la question des références théoriques ou des grilles de lecture a toujours été prégnante dans mon cheminement ou pour le dire d’une autre façon, la mise au travail de questionnements, l’élaboration d’une pensée personnelle, le sens des concepts et des mots.

Devenir sujet de sa pratique, être capable d’articuler le savoir-faire lié au métier, l’éthique professionnelle, la mission, le cadre institutionnel et la relation à l’autre l’enfant, l’adolescent le jeune adulte, c’est ambitieux sans doute mais indispensable et c’est ce qui permet de construire sa professionnalité. Cela ne peut se faire sans risques, c’est un chemin semé d’épreuves.

Nous n’avons jamais autant entendu parler de conduite de projets, d’innovation, alors que nous ressentons l’injonction du court terme, de la durée à contenir, de l’efficience, de la visibilité de nos actions, des résultats attendus dans un contexte sociétal qui accentue tous les indicateurs auxquels nous sommes confrontés : la paupérisation des familles, la récurrence de l’échec scolaire, les obstacles à l’insertion et à l’accès à l’emploi des jeunes, l’augmentation des processus de relégation, de stigmatisation et de rejet, la montée des intolérances. Mais ces constats renforcent nos prises de conscience collective et donnent du sens à la nécessité d’agir.

Dans un monde déstructuré, vers quel idéal de société emmener tous ces jeunes pour éviter qu’ils ne s’engouffrent dans des chemins de traverse ? Alors il y a la rencontre, le lien, l’attention apportée qui s’inscrivent comme sur un parchemin dans leurs parcours de vie et peuvent ouvrir d’autres voies.

A deux reprises dans son œuvre, S. FREUD évoque « les trois métiers impossibles : éduquer, psychanalyser, gouverner ».

Avec l’impossible, l’impuissance, les limites auxquels ces fonctions nous confrontent, quels défis pouvons-nous relever, et que parvenons-nous, éducateur, psychanalyste, dirigeant, à produire, incarner, transmettre malgré tout ?

Mais il y a aussi des possibles et j’aurais aimé laisser filer des métaphores pour parler autrement de l’éducateur : le passeur, le bricoleur, le magicien, l’alchimiste, le peintre, le musicien, le jardinier, le sportif, l’éveilleur, pour rendre un peu plus poétiques les représentations qu’on a de notre métier… pour dire combien tous ces prétextes de support de liens, ces artifices n’ont en fait qu’un objectif redonner des racines et des ailes à ces jeunes.

Pour parler de ces milliers de jeunes qui nous font souci, nous inquiètent, j’avais vraiment envie de le faire car si nous sommes là c’est un peu à cause d’eux, j’ai écouté Aragon, cela va de soi, qui s’étonne : est – ce ainsi que les hommes vivent …est – ce ainsi que les enfants vivent pourrions-nous dire

Regardez ces jeunes gens qu’est-ce qui les pousse

Comme ça vers les bancs de sable les bas-fonds

Ils n’avaient après tout de neuf que la frimousse

Eux qui faisaient tantôt les  farauds ils vont tous

Où les songes d’enfance à la fin se défont

J’ai aussi écouté Prévert qui dénonce la chasse aux enfants :

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

C’est la meute des honnêtes gens

Qui font la chasse à l’enfant

Il avait dit j’en ai assez de la maison de redressement

Et les gardiens à coups de clés lui avaient brisé les dents

et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Maintenant il s’est sauvé

Et comme une bête traquée

Il galope dans la nuit

Et tous galopent après lui

Être éducateur, c’est aussi galoper pour comprendre et protéger, croire que rien n’est jamais perdu, sans angélisme ni complaisance, entendre leur désarroi et le partager.

Dans le rapport d’activité de l’association française des magistrats de la jeunesse et de la famille, Marie Pierre Hourcade qui la préside écrit :

« Nous sommes convaincus de la pertinence de notre action, de notre capacité à modifier les parcours de vie avec bien sur le concours de nos partenaires et de tous ceux qui participent à la protection de l’enfance. Chacun à la place qui est la sienne et chacun conscient de la responsabilité dans la parole qu’il transmet et dans le rôle d’accompagnement qu’il assure... »

Merci Marie Pierre de ces propos qui font résonnance je le pense pour nombre d’entre nous et c’est bien la richesse de notre travail éducatif de pouvoir aussi s’appuyer sur des partenaires et de travailler en réseau comme on dit aujourd’hui. Aller chercher d’autres compétences, réfléchir avec vous tous qui concouraient aussi à l’accompagnement des jeunes est une évidence mais cela exige aussi de construire une qualité de relations professionnelles, faite d’estime réciproque et c’est un formidable levier pour l’action éducative.

C’est un aspect du travail de mise en liens que j’ai particulièrement apprécié et j’en ai rencontré des professionnels engagés, attentifs, disponibles...  J’aurais aimé vous citer tous et toutes mais ce serait trop fastidieux alors j’évoquerais quelques  champs d’intervention, au risque d’en oublier :  les collègues des services sociaux, ceux du milieu ouvert et de la PJJ, les acteurs de la scolarité , c’est une question qui me passionne (peut-être à cause de mes convictions sur la formation tout au long de la vie et le plaisir d’apprendre) avec une pensée pour Maryse Esterle qui nous accompagne depuis 4 ans sur cette réflexion, les équipes des collèges, les magistrats, les avocats du barreau des mineurs,  interlocuteurs si importants, les acteurs de l’insertion, nombreux au regard des engagements de la Fondation sur cet enjeu vital pour les jeunes, leur dignité passera par un travail, ceux de la santé, merci aux actions élaborées ensemble, ceux de la culture et du sport, ils aiment tellement le foot ces jeunes, ceux  de l’animation, centre sociaux, antennes jeunes.

Les chefs de projets et chargés de missions des différentes directions de la ville et ceux des 4 mairies où nous travaillons qui fédèrent, structurent et font « lien ».

Et puis tous nos collègues des autres associations de prévention spécialisée de Paris, nos échanges, le partage de nos convictions.

Alors durant ces années de responsabilité à la direction du service, j’ai essayé sans doute maladroitement mais avec toute l’énergie de mes convictions, de défendre ces quelques idées fortes :

* le respect des missions confiées, le dialogue avec les maires, les élus et leurs collaborateurs dans un esprit de loyauté, en soutenant notre engagement pour la protection de l’enfance, les relations avec les services de la DASES et le BPJI, merci Pierre François Salviani pour votre attention et votre écoute.

* l’appui aux équipes en recherchant des coopérations, des apports extérieurs, merci à nos quatre psychologue/psychanalyste Stéphane, Christophe, Pierre Yves et Jean Paul, du travail d’écoute pour chacune des équipes.

* merci Didier Lapeyronnie, Michel Kokoreff, vous nous avez aidés à réfléchir et à partager vos objets de recherche dans le champ de la sociologie urbaine, comprendre les effets ghetto dans nos quartiers, vos propositions pour tenter de repenser la ville,

* merci à Faïza Guélamine qui a pu nous éclairer sur cette question si sensible, si actuelle de la place du fait religieux, et de la nécessité de garantir la laïcité dans nos pratiques, gage de notre liberté, protection de notre sphère privée et respect de chacun et à tous ceux qui sont intervenus tout au long de ces années.

Être ce soir à « la Maison des Métallos », rue Jean Pierre Timbaud est un symbole important pour moi, car ce lieu appartient à l’histoire de la classe ouvrière, à la combativité de ses dirigeants, de leur engagement dans la résistance. C’est un lieu qui a failli disparaitre et qui doit sa survie à la mobilisation de tous ceux qui s’y sont opposés. Nous sommes à proximité de nos équipes du grand Belleville qui appartiennent à l’histoire de la Fondation, du SAFIP qui a eu et a encore ses locaux.

Merci aux élus du comité d’entreprise d’avoir permis que cette soirée se tienne ici car c’est une raison de plus pour partager avec vous cette évidence que lorsqu’on mène des combats, bien sûr pour de justes causes on n'est jamais sûr de gagner (d’aucun diront que cela dépend du rapport de force) mais si on ne combat pas, on est sur de perdre !!!

J’ai dit au revoir aux collègues, aux chefs de service en fermant la porte de mon bureau, j’ai confiance en vous, je sais que vous allez poursuivre ce merveilleux travail.

Je quitte ma fonction sereine, je n’ai jamais ressenti de sentiment d’usure ou d’obsolescence,  j’ai la tête pleine de projets, de désirs et d’envie, et un ressenti de ne pas avoir eu assez de temps pour relever tous les défis auxquels la prévention spécialisée et plus largement le travail social sont confrontés, pour porter haut et fort nos savoirs faire pédagogiques, notre expertise et mettre en œuvre plus que jamais les conditions d’une certaine résistance face à la récurrence d’une disqualification de notre utilité.

Je ne vous ai pas tenu des propos « camomille » et je m’en excuse, je ne sais pas faire mais aussi parce que je pense que nous devons rester éveillés et vigilants et puis la soirée ne fait que commencer.

Merci à vous tous, vous êtes formidables, nous sommes formidables, restons formidables…

Annie Léculée